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Mutualismes

Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 15:25

La culture biologique interdit l'usage d'engrais et de pesticides de synthèse. Ce qui n'exclut pas la lutte par l'ajout d'êtres vivants qui vont fabriquer exactement le même engrais ou pesticide dans le champs.

C'est ainsi que si vous extrayez la toxine produite par Bacillus thuringensis en culture dans un réacteur, pour l'épandre dans votre champs, vous faites de l'agriculture conventionnelle. Si vous intégrez le gène codant pour la toxine en question dans votre plante, vous fabriquez un horrible OGM. Alors que si vous balancez sur votre champs des tonnes de ladite bactérie vivante (produite en réacteur, toujours), vous utilisez un moyen de lutte biologique : un auxiliaire de culture.

Le cadre étant posé, prenons comme d'habitude un exemple anecdotique concret et non humain :

Les héros de l'histoire "classique" :

Acromyrmex octospinosus est une assez grande fourmi qui comme son nom l'indique est toute pleine d'épines, ce qui lui donne un air franchement pas commode (pire que le pinson vampire). Cet aspect martial cache toutefois un coeur sensible et altruiste (regardez ces deux amours qui s'embrassent si c'est pas mignon*), et un mode de vie plus orienté "paysan" que "seigneur de la guerre", comme on va le voir tout de suite.

  notons que, l'animal est quand même une espèce invasive
dans notre beau département de Guadeloupe.


Leucocoprinus gongylophorus est un champignon Basidiomycete. C'est un champignon saprophyte, capable de digérer des débris végétaux de toutes sortes. Comme son nom de genre l'indique, sa fructification ressemble à celle d'un banal coprin blanc bien de chez nous. Et comme son nom d'espèce l'indique, il peut porter dans certaines conditions des gongylidies, à savoir des renflements remplies de victuailles à l'extrémité de ses hyphes.

 

à gauche : vue générale du mycelium. à droite : zoom au microscope électronique sur un amas de gongylidies.
source : INRA.


L'interaction entre ces deux espèces est bien connue, il s'agit d'une magnifique symbiose, assimilable à une forme d'agriculture animale :
- le champignon fournit à la fourmi de la nourriture sous forme de gongylidies pleines de bonnes choses qui servent à l'alimentation des jeunes.
- la fourmi fournit au champignon un abri, se décarcasse pour lui trouver à manger, et assure sa dispersion (via la dispersion des jeunes reines).

L'objectif de cette note est de poursuivre l'analogie en faisant intervenir deux intervenants supplémentaires :

Les nouveaux venus :

Escovopsis est un genre de champignons Ascomycetes "parasite nécrotrophe" du champignon cultivé par la fourmi. C'est à dire qu'il progresse dans la culture en boulottant son hôte petits bouts par petits bouts. Je ne met pas de photo car il est vraiment moche (vu que c'est le méchant dans l'histoire, ça tombe bien).

Pseudonacardia est un genre de bactéries Actinomycetes (encore un "mycete" mais cette fois ce n'est pas un champignon donc). Cette bactérie se trouve en abondance à la surface de la cuticule de la fourmi et dans sa poche infrabuccale. En fouillant un peu sur google, vous pourrez trouver facilement des photos d'Acromyrmex en vue ventrale montrant les taches blanches que forment les bactéries à l'avant du thorax.

Observation au microscope électronique du développement de la bactérie filamenteuse sur la cuticule d'Acromyrmex octospinosus. à gauche ouvrière de 3 jours, à droite ouvrière de 7 jours.

La nouvelle histoire :

Devant le constat que ses cultures de champignons sont attaquées par un puissant pathogène, la fourmi réagit en  :
- récoltant les champignons de la zone infectée.
- les comprimant dans sa poche infrabuccale pleine de bactéries capables de secréter un antifongique.
- déposant la bouillie résultante à coté de la zone de culture.
La fourmi élimine donc un ravageur de sa culture de champignon par l'emploi d'un auxiliaire bactérien.

Pseudonacardia se nourrit grâce à des secrétions glandulaires de la fourmi,  et la quantité  de bactéries présente sur le corps de la fourmi est positivement corrélée au degré d'infection expérimentale de la colonie. Il semblerait donc que la fourmi puisse contrôler la prolifération de sa bactérie symbiotique pour répondre à un besoin de stérilisation plus ou moins important (encore que la relation de causalité ne soit pas formellement démontrée).

 

une ou deux publis traitant du sujet (la littérature sur ce sujet très vendeur abonde) :

Currie, C.R., Mueller, U.G. and Malloch, D. (1999) ‘The agricultural pathology of ant fungus gardens’, Proceedings of the National Academy of Sciences USA, 96:7998-8002 :

J. J. Boomsma and D. K. Aanen (2009). Rethinking crop-disease management in fungus-growing ants. PNAS 106, 17611-17612



* Ce bisou est en réalité une trophallaxie. Le mot est un peu plus classe mais le concept d'un acte à vocation sociale reste le même.

 

Par aclcla - Publié dans : Mutualismes
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 00:01
Les plantes sont des êtres exquis. Tirant leur subsistance de l'air et de l'eau (avec un peu de sels pour le goût), leurs déchets sont notre oxygène... Enfin pas toutes. Nous connaissons tous l'existence de plantes féroces prédatrices qui ont développés au fil du temps tout un pannel d'armes pour boulotter principalement des arthropodes, mais parfois aussi de petits vertébrés. Pas de quoi rougir donc. Sauf que certaines ont un C.V. vachement moins classe.

Un excellent blog parlait récemment de plantes joliment qualifiées de "pots de chambres", à savoir des Nepenthes dont la forme s'avère avoir la forme parfaite pour recueillir les fèces de petis oiseaux ou mammifères. L'urée ou les phosphates contenus dans ces "apports" sont absorbés par la plante, lui permettant d'obtenir le qualificatif peu vendeur de "coprophages". Naïf, l'auteur conclut sur une note qui laisse penser que le fond du fond est atteint...

Conclure là dessus serait ne pas connaitre le genre Roridula. Ces plantes sud-africaines ont un aspect assez engageant de loin, comme les Drosera on les dirait nimbées d'une rosée éternelle...

bon, là elles sont un peu faméliques, vous trouverez de plus jolies photos sur google

La ressemblance avec la célèbre prédatrice des tourbière suggère un mode de vie identique : piéger des insectes par des poils visqueux pour mieux en absorber la substantifique moëlle... Et de fait, si on regarde de près, plein d'insectes meurent collés. Sauf que la pauvre bête est quasi incapable de les digérer.

C'est là qu'intervient un second acteur : un insecte symbionte de la plante, une punaise nomée Pameridea. Cette brave bête a la chitine toute graisseuse et de grandes pattes, ce qui lui permet de se ballader sur Roridula à loisir sans rester coincée. Elle est en outre équipée d'un rostre et de tout un tas d'enzymes digestives. Et d'un anus. Cet équipement (standart chez les punaises) lui permet de manger tout les insectes piégés par la plante et de déféquer partout (les punaises n'ont que de vagues notions d'hygiène). Ne reste plus à la plante qu'à absorber par les feuilles l'azote du caca de punaise.

à la graille, c'est servi

Déjà, servir de pot de chambre pour des petits mammifères ou les oiseaux c'est pas top. Mais obtenir ses aliments en se faisant recouvrir de crottes par des punaises à la peau grasse, là franchement...


pour ceux qui veulent aller plus loin et rajouter des araignées à l'interaction, je suggère la lecture de :
Anderson B and Midgley JJ. 2002.  It takes two to tango but three is a tangle: mutualists and cheaters on the carnivorous plant RoridulaOecologia 132: 369-373.


Par aclcla - Publié dans : Mutualismes
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