Lundi 30 novembre 2009
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Pseudacteon formicarum est une mouche pas franchement gigantesque (1mm les bras tendus) que l'on trouve associée associée en Europe aux colonies de certaines espèces de fourmis du
genre
Lasius (
L. niger et
L. emarginatus au moins). Ces fourmis sont extrêmement communes dans toute la métropole à proximité des habitations
humaines, ce qui fait que la majorité des lecteurs est susceptible d'avoir dans son jardin des représentant de l'espèce lauréate du titre de la semaine. Reste plus qu'à vous acheter une loupe.

Une photo de la bestiole en plein vol. J'ai pas pu faire mieux du fait de sa
taille et de sa vivacité.
Ce diptère, comme tout ses (
nombreux) copains de la famille des Phoridae a un cycle de vie parasitoïde, c'est à dire qu'il commence son développement en parasite d'un honnète hôte (ici une
ouvrière du genre
Lasius), dont il finit par provoquer la mort. Jusque là rien de bien passionnant. L'intérêt ne réside ici pas tant dans la thématique que dans le scénario :
Le déroulement de l'attaque
D'un point de vue technique, la mission de la mouche femelle consiste à déposer un oeuf par fourmi. Pour ce faire elle introduit son long ovipositeur en forme de sabre (voir photo suivante) entre
deux segments de l'abdomen de la victime. La mission est délicate et nombreuses sont les attaques infructueuses... Mais parfois ça marche.

une mouche femelle morte montrant son ovipositeur (l'espèce d'aiguillon à
l'arrière)
Lorsqu'une Lasius fait face à une attaque, elle riposte en utilisant le panel d'armes dont elle dispose : des
mandibules puissantes (voir position de l'ouvrière qui a repéré une mouche sur
la photo suivante) et de l'
acide formique (substance corrosive émise par un acidopore à l'extrémité de l'abdomen). L'acide formique est une molécule très volatile dont les fourmis peuvent
détecter la présence grâce à leurs antennes. Par conséquent, cette substance constitue un
signal d'alarme naturel au sein de la colonie qui entraine l'arrivée de congénère prêtes à en
découdre. Ce qui est une bonne idée face à un ennemi conventionnel.

Ouvrière
Lasius niger en état d'alerte. Le danger vient du ciel.
Malheureusement,
Pseudacteon aussi est capable de percevoir les relents d'acide formique. Et pour lui, cela signifie simplement la présence de victimes dans le coin... Donc en
résumé, suite à une première attaque, se forme un attroupement de fourmis sur la défensive. Cet attroupement secrète pas mal d'acide formique, ce qui attire tout les moucherons de la zone. La
présence des moucherons renforce l'état d'alerte des fourmis, donc cause un attroupement plus conséquent.
Un biologiste verrait là "
une boucle d'auto-amplification impliquant le parasitisme d'une voie de communication intraspécifique."
Un scénariste de mauvais film dirait que "
les cris d'angoisses des victimes ne faisaient qu'attirer sur elles l'attention de leurs bourreau..."
Dans tout les cas c'est déjà chouette je trouve. Mais l'histoire ne s'arrète pas là, l'oeuf est pondu, mais c'est le développement de la mouche qui justifie le titre de la note.
La jeunesse de la mouche
Deux jours après la ponte, l'asticot éclot et commence à dévorer la fourmi vivante. Trouvant sans doute que le contenu du gastre est trop acide, il se dirige rapidement vers la tête de la fourmi
(en passant par l'intérieur) et entreprends d'en dévorer tout le contenu. La pauvre victime en meurt assez vite et
perds la tête au sens propre, d'où le titre de cette note.
Par la suite, les autres fourmis du nid font le menage et jettent toutes ces têtes qui trainent dans le dépottoir de la colonie (appelons le "le cimetière" pour le coté angoissant et le grand
nombre de cadavres qu'on y trouve). Au bout d'un mois, toutes ces têtes coupées se réveillent pour libérer chacune une nouvelle mouche décapiteuse...

Cette photo montre l'éclosion d'une pupe d'une espèce voisine,
qui parasite la fourmi de feu
Solenopsis invicta (invasive aux états unis). La tête n'est donc pas celle d'une
Lasius, mais le principe reste le même.
source :
Maschwitz, U., A. Weissflog, S. Seebauer, R. H. L. Disney and V. Witte, 2008.
Studies on European ant decapitating flies (Diptera: Phoridae): I. Releasers and phenology of
parasitism of Pseudacteon formicarum. Sociobiology 51: 127-140.